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L'Histoire : une quête de l'avenir

Je poursuis l’Histoire, et dans cette poursuite les questions acquièrent le pouvoir de se transformer en réponses. Poursuivre une quête, un but, tel est le sens d’une vie. D’aucuns poursuivent la richesse, l’amour, la gloire, voire se poursuivent eux-mêmes. Ma proie, elle, ne se repose jamais, prend mille visages et ne se découvre que lorsqu’elle est déjà passée, elle est l’Histoire.


Pour l’historien, l’histoire est à la fois, et c’est là un paradoxe, l’objet qu’il poursuit mais aussi sa boussole. Elle est un sommet lointain que l’on voit distinctement mais dont le chemin pour y arriver relève du temps long. La poursuite de l’histoire est un long chemin sur lequel il faut enquêter, et même activer ses sens pour ressentir les choses.


La poursuite est engagée. C’est une traque silencieuse en cours qui sans le savoir nous concerne tous, les historiens, comme les profanes. Si vous ne vous intéressez pas à l’histoire, l’histoire s’intéressera à vous et serez ses marionnettes. L’histoire n’est pas seulement un problème intellectuel et scientifique comme l’écrivait Jacques Le Goff, éminant historien français, et qui poursuivait en écrivant que l’histoire est aussi un problème civique et même moral inscrit dans l’identité française et occidentale, se propageant jusque dans nos racines helléniques, romaines et chrétiennes[1].


L'historien est un scientifique avec toute la rationalité que cela suppose. Néanmoins, l'intuition, le ressenti font partis de son arsenal intellectuel. Lorsqu'en 2019 le Cabinet Historien entrepreneur fut créé, l'intuition murmurait que l'histoire pouvait être autre chose qu'une simple discipline évoluant dans les milieux autorisés de l'enseignement, des media. A ce propos, dans Le rôle social de l'historien[2], paru en 2003, l'historien français Olivier Dumoulin propose des pistes intéressantes dans la compréhension de l'évolution de la place, du rôle de l'historien dans notre société.


Les temps sont mûrs pour faire de cette évolution une réalité concrète, une nouvelle approche de l'histoire, bien différente des celles qu'elle a connue ces dernières décennies. L'histoire que nous pensions endormie, ce passé que nous pensions révolu et inadapté à notre modernité, se sont rappelés à nous. L'histoire est un éternel flux et reflux tout comme le phénomène des marées. Eloignée un temps, l'histoire revient avec vigueur. Elle doit revenir à nous et en nous.


Les esprits non avertis ne conjuguent l’histoire qu’au passé. Les esprits avancés la conjuguent au conditionnel, la connaisse mais ne savent pas trop quoi en faire. Pourtant l’histoire se conjugue à tous les temps pour celui qui l’aura découverte, apprivoisée, comprise pour en faire un outil, une alliée dans un présent possiblement pris de soubresauts. Tous les acteurs d'une nations sont concernées. Les individus, les familles, les entreprises, les institutions, doivent intégrer l'histoire à leur futur, à leur façon de penser et réfléchir l'avenir. Le danger de ne pas sentir ce retour de l'histoire est tout simplement d'en sortir et de rater le train des dynamique en cours.


L’histoire est comme le premier feu qui a éclairé l’humanité. La peur qu’il a pu provoquer chez nos lointains ancêtres, s’est muée en un formidable allié pour poursuivre la course du destin des hommes, leur avenir, pour voir dans les ténèbres de la nuit et écrire l’Histoire. 


Nicolas BOLCHAKOFF



[1] Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Armand Colin, Malakoff, 2018, p10.

[2] Olivier Dumoulin, Le rôle social de l’historien, Paris, Albin Michel, 2003.


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