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  • Nicolas Bolchakoff

Mini-série : Portrait d'historien #2

Mis à jour : janv 12


FERNAND BRAUDEL OU LE TROPISME DE LA MER






« L’histoire est fille de son temps »


Après presque deux ans de service militaire en Allemagne, l’année 1927 marque pour Fernand Braudel un tournant dans sa vie d’homme. La mort, comme le tourbillon de la vie, le frapperont. Charles Braudel, son père s’éteint. Mais à cet hiver s’ajoute le printemps de la vie qu’il cueille sur les bancs de cours. Une de ses élèves se distingue, n’ont pas par ses résultats, mais par sa simple présence. Paulette Valier qui n’est encore qu’une étudiante deviendra sa femme. Avec elle il aura deux filles. C’est aussi à cette époque qu’il s’inscrit et entame la rédaction d’une thèse sous la direction de l’historien Georges Pagès.


1932, c’est le retour de Fernand Braudel sur le vieux continent. C’est à Paris que sa destinée l’appelle. Il y est nommé professeur, et enseigne tour à tour au Lycée Pasteur, Condorcet et Henry IV. Après la méditerranée, c’est l’atlantique qui l’appelle. Lui qui n’avait jamais vu la mer jusqu’à ses vingt ans, le voilà parti pour une transatlantique. De l’autre côté de l’océan, sous l’équateur le jeune historien part en mission. C’est vers le Brésil et plus précisément à Sao Polo qu’il débarque afin de lancer une nouvelle université. Dans sa tâche, il est accompagné par tout un groupe de jeunes professeurs parmi lesquels on retrouve un certain Claude Levi-Strauss. Ce voyage dans cet hémisphère sud, au service de la diplomatie française, est aussi capital dans la vie de Fernand Braudel et plus particulièrement dans sa construction intellectuelle. C’est d’ailleurs sous ces latitudes qu’il dira plus tard être devenu intelligent.


1937 sonne la fin de sa mission au Brésil. Sur le bateau de retour qui le ramène, lui et ses confrères vers l’Europe, il fait la connaissance de celui qui deviendra son véritable maître, son père spirituel. L’homme qui porte ces titres dans la vie de Fernand Braudel c’est son ainé, un des princes de l’histoire, Lucien Febvre. On dit de lui qu’il est un personnage peu docile. Mais entre ce dernier et Fernand Braudel s’instaure une relation profonde, une relation presque d’un père à son fils.


De retour à Paris, il présente sa candidature la même année à la IV section de ce prestigieux établissement qu’est l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. C’est dans un contexte conflictuel avec l’Allemagne que Fernand Braudel y est élu. Comble pour l’historien, il est rattrapé par les affres de l’Histoire. Recevant son ordre de mobilisation en 1938, sous les galons de capitaine d’artillerie, il est envoyé sur la ligne Maginot sans avoir l’occasion de s’illustrer sur le champ de bataille. Fait prisonnier le 29 juin 1940, il est déporté dans plusieurs camps en Allemagne, comme à Mayance puis à Lubeck en 1942. Prisonnier, Fernand Braudel réussira le tour de force de s’échapper sans véritablement s’échapper de l’autre côté des murs qui constituent sa prison matérielle. Sa prison mentale, elle, était grande ouverte et c’est par-delà l’espace et le temps que l’historien reconstitua l’œuvre de sa vie, sa thèse sur la méditerranée dont le soleil éclaira ces années de détention jusqu’à sa libération.



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