©2019 by Nicolas BOLCHAKOFF Historien entrepreneur. Recherche-Généalogie-Médiation. Proudly created with Wix.com

  • Nicolas Bolchakoff

Mini-série: Portrait d'historien #3

FERNAND BRAUDEL L'ORGANISATEUR





La Libération. Elle sonne comme le doux son des cloches du dimanche un certain mois de mai 1945 dans son camp de Lübeck. Après avoir apprivoisé la détention et avoir vécu « le terrorisme de l’évènement », c’est sa liberté qu’il doit redécouvrir en rejoignant à son retour à Paris l’Ecole pratique des hautes études et son ami Lucien Febvre. A partir de ce moment, retrouvant possession de ses travaux restés dans les tiroirs de son bureau, l’œuvre de sa vie, sa thèse sur la Méditerranée qu’il avait essayé de reconstituer lors de sa détention, peut reprendre.


« L’histoire est un dépassement de l’évènement »


Il ne le sait pas encore, le pressent-il peut-être, mais la thèse qu’il vient de soutenir ce 1er mars 1947, ayant pour intitulé « La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II », presque unanimement saluée, aura un retentissement mondial, dont l’écho se fait entendre encore aujourd’hui. Même si ce monument d’histoire n’aura que peu d’impact à sa sortie, puisqu’il faut attendre les années soixante pour que cette thèse devienne incontournable, il fonde pour les décennies à venir la pensée braudélienne. Justement quelle est-elle ? L’histoire à la Braudel, c’est une histoire avec plusieurs lignes de forces. C’est une vision historique des grands espaces, globalisante, effaçant les frontières. C’est aussi une histoire beaucoup plus imprégnée par la géographie ainsi que d’autres disciplines jusqu’alors étrangères au champ historique, tel que l’ethnologie, la sociologie ou encore l’économie. Fernand Braudel appelle les historiens à n’être plus que des historiens. En somme il ne fait que suivre la voie tracée par Lucien Febvre et Marc Bloch avec l’école des Annales fondée dans les années vingt et dont il est à présent le maître.


Le temps, voilà la principale ligne de force de l’histoire. Mais nous devrions écrire plutôt les temps car l’histoire est faite, pour Fernand Braudel, de trois lignes temporelles : « le temps long » qui se passe à l’échelle de millénaire, « le temps moyen » qui correspond au temps social de l’ordre de la décennie et enfin un temps beaucoup plus court, agité, le temps politico-médiatique, une date un évènement. En effet, il part du principe que les hommes vivent aux mêmes époques mais à des vitesses différentes. Les événements tonitruants intéressent moins son œil d’historien que les lames de fonds silencieuses d’une société qui agitent les hommes durablement, qu’il voit dans les coutumes, les croyances ou les arts. Se plaisant à dire que « l’histoire est fille de son temps » on ne peut se refuser à penser que l’épreuve de la guerre, de cet évènement fracassant, a profondément marqué Fernand Braudel, l’influençant de se fait dans ce rejet de ces épreuves de l’histoire qui font bouillonner le monde.


Fernand Braudel a réussi à incarner ses propres mots. Il n’est pas seulement un historien ; il est un technicien, un organisateur de l’histoire. Dans le prochain et dernier épisode nous nous intéresserons aux coulisses du mouvement de pensée qu’incarne dans cette seconde moitié du XXe siècle Fernand Braudel jusqu’à l’épilogue de sa vie d’homme et d’historien organisateur.




#série #histoire #historien #article #blog #fernandbraudel